« Duel » version 2026

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25 janvier 2026 par matvano

Tunnels (Michaël Sanlaville – Editions Glénat)

Les vacances d’été, c’est génial. La route des vacances, par contre, c’est moins marrant. Le trajet paraît souvent interminable, surtout quand on est un enfant et qu’on déborde d’énergie. À bord de leur break Volvo, des parents sans histoires utilisent donc tous les stratagèmes pour tuer le temps et occuper leurs trois filles comme ils le peuvent. Pendant que la maman est au volant et que les paysages défilent, le papa joue au jeu des animaux avec sa fille Samantha, qui est celle des trois qui a le plus de mal à tenir en place. Leur objectif est de trouver le plus possible d’animaux dont le nom commence par la lettre M. Pendant ce temps-là, Mila, la plus petite, pique un somme, tandis que Jolène, la plus grande, joue sur sa console portable. Elle adore surtout les jeux de course automobile. La famille vient de s’arrêter pour faire une pause sur une aire d’autoroute et il leur reste un peu plus de 400 kilomètres à rouler avant d’atteindre leur destination. Alors que les tunnels s’enchaînent, les paysages deviennent de plus en plus spectaculaires, avec des lacs vert turquoise entourés de falaises abruptes. C’est beau, mais en même temps ça les intrigue, car cela ne ressemble pas vraiment à l’environnement auquel ils s’attendaient. Ce qui est étrange aussi, c’est qu’il n’y a plus la moindre aire où s’arrêter, qu’ils n’ont plus vu de panneaux routiers depuis longtemps et qu’ils ne croisent quasiment plus d’autres voitures, à l’exception de quelques bolides qui les dépassent à grande vitesse. Et pas moyen de savoir où ils se situent exactement, car le GPS a perdu son signal. Du coup, ils continuent de rouler. Mais lorsque Sam fait bruyamment comprendre à ses parents qu’elle a une envie pressante de faire pipi, ils n’ont pas d’autre choix que de s’arrêter au bord de la route. Au même moment, un bolide noir surgit de nulle part et les frôle à une vitesse phénoménale. La famille n’a même pas le temps de souffler que la voiture revient vers eux et s’arrête à leur hauteur. Le conducteur, qui porte une combinaison noire et un casque, sort de son véhicule lorsque Sam lui balance une friandise par la fenêtre. L’homme s’en empare et se met à hurler dans une langue bizarre, tout en tapant sur la carrosserie de la Volvo familiale. Le père s’énerve sur le chauffard pour lui demander ce qu’il fabrique, mais ce dernier n’a même pas le temps de lui répondre. Dans la seconde qui suit, il se fait faucher par un autre monstre de métal surgi de nulle part. Quel est ce délire? Dans quel univers infernal sont-ils? Et surtout, comment vont-ils faire pour s’extirper de ce piège cauchemardesque?

Révélé par l’aventure « Lastman » puis par des adaptations survitaminées de San Antonio, Michaël Sanlaville est un auteur qui aime mélanger les genres. Il puise son inspiration dans des univers très différents: la BD franco-belge bien sûr, mais aussi le manga, le jeu vidéo, le cinéma. Au final, cela donne naissance à un mélange aussi improbable que jouissif. Il avait déjà fait le coup avec sa trilogie « Banana Sioule », mais il pousse le curseur encore plus loin dans « Tunnels », un one-shot inattendu et complètement barré. Qualifié de « conte mécanique » par l’auteur lui-même, cette BD transforme un banal départ sur la route des vacances en un thriller psychologique et fantastique oppressant. On pense forcément à des films comme « Duel » ou « Mad Max », mais avec un côté plus moderne inspiré par les jeux vidéo, à l’image du film « Speed Racer » réalisé par les Wachowski. Alors que « Tunnels » commence quasiment comme un récit intimiste et réaliste, Michaël Sanlaville change totalement de registre après quelques pages et nous propulse subitement dans une dimension parallèle. Pour une raison inexplicable, des tunnels à répétition amènent en effet la gentille petite famille dans sa Volvo dans un autre monde, dans lequel ils perdent tous leurs repères. En tant que lecteur, on est bien sûr désarçonné, mais on se laisse malgré tout happer par ce récit au rythme trépidant. Au fur et à mesure que les occupants du break familial se rendent compte qu’ils sont coincés sur une route sans fin et extrêmement dangereuse, la tension monte inexorablement et l’air devient franchement irrespirable… Au final, cela donne un album étonnant, voire même une expérience sensorielle. Il ne faut pas chercher à comprendre, mais se laisser porter par l’imaginaire et par la puissance visuelle proposée par Michaël Sanlaville. L’auteur français n’est pas du genre à intellectualiser son récit. Il prend simplement beaucoup de plaisir, tant dans ses dessins que dans son scénario, à imaginer ce qui se passerait si une famille lambda se retrouvait projetée dans un jeu vidéo grandeur nature. Rien que pour ça, la BD vaut le voyage… même s’il faut avoir le coeur bien accroché!

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