INTERVIEW – Enrico Marini: « La fin du Scorpion sera tragique! »

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18 novembre 2014 par matvano

Enrico Marini

Le dessinateur italien Enrico Marini était de passage à Bruxelles il y a quelques jours à l’occasion de la sortie de « La neuvième famille », le tome 11 du « Scorpion », la série historique scénarisée par Stephen Desberg. Confortablement installé dans un fauteuil au septième étage de l’immeuble des éditions Dargaud-Lombard (celui sur lequel trône la célèbre enseigne avec les têtes de Tintin et Milou, tout près de la Gare du Midi), Enrico Marini profite avec étonnement de la belle vue sur Bruxelles sous le soleil. « C’est inhabituel pour moi. Je suis souvent en Belgique pour discuter des scénarios avec Desberg, mais d’habitude il pleut ! », sourit-il.

Nous en sommes au onzième tome de la série. Après toutes ces années, prenez-vous encore autant de plaisir à dessiner « Le Scorpion » ?

Il est évident que si je ne faisais que du Scorpion, cela me fatiguerait de me retrouver toujours coincé dans le même univers. Mais c’est précisément pour cette raison que je fais aussi d’autres choses, notamment la série « Les aigles de Rome », dont j’assure à la fois le dessin et le scénario. Oui bien sûr, je prends encore du plaisir sur le Scorpion, même si je n’en prends plus autant que lors du premier tome. Celui-là, c’était comme un premier amour ou la première fois qu’on couche avec une femme. Lorsqu’on arrive au onzième tome, on s’amuse encore, mais différemment. Pour cet album, par exemple, j’ai changé un peu de méthode puisque j’ai travaillé à 99% au pinceau, tant pour l’encrage que pour les couleurs.

Dans « La neuvième famille », les membres du clan Trebaldi sont assassinés les uns après les autres. Cela vous plaît, cette ambiance de tueur en série ?

Oui, absolument! J’étais d’ailleurs très content que l’on commence à faire un peu table rase. C’est même moi qui ai demandé à Desberg d’aller dans cette direction.

Cet album est-il la fin d’un premier cycle?

Non, pas du tout. De toute façon, je ne raisonne pas en termes de cycles, ça c’est un truc pour les éditeurs. Cela dit, si on veut malgré tout voir les choses de cette manière-là, c’est plutôt le tome 10 qui constituait la fin de quelque chose. Dans le tome 10, on en a fini avec la quête du père du Scorpion, par exemple, mais aussi avec le règne de Trebaldi en tant que pape. Dans cette optique, le tome 11 peut effectivement être vu comme une sorte de nouveau départ. Le Scorpion est maintenant libéré de ses angoisses par rapport à l’identité de son père et peut revenir à sa vie d’avant, celle dans laquelle il n’avait pas autant de problèmes. Celle d’avant le tome 1, lorsqu’il n’était qu’un pilleur de tombes, un aventurier qui vivait simplement sa vie.

L’environnement du tome 12 sera-t-il complètement différent?

Ce qui sera différent, c’est qu’on ne sera plus à Rome, étant donné que le Scorpion quitte la Ville éternelle pour chercher le trésor des Trebaldi. Desberg et moi avons prévu de faire encore 2 ou 3 albums supplémentaires, ce qui nous permettra de vraiment clôturer l’histoire qu’on avait envie de raconter dès le début. A la fin du 14ème album, on aura donné plus ou moins toutes les réponses. Si jamais il reste des survivants à ce moment-là, nous pourrons peut-être refaire autre chose. Mais je dis bien « s’il en reste » parce que ça va être tragique. La fin sera shakespearienne! Selon moi, il faut donner au lecteur une fin satisfaisante à la série. Mais cela ne veut pas dire pour autant que tout sera terminé. Les scénaristes ont toujours des nouvelles idées!

Etiez-vous parti dès le départ sur une histoire qui ferait un nombre précis de tomes?

Au départ, on n’a pas raisonné en nombre de tomes. On s’est simplement dit: « si on nous laisse faire 8 ou 9 albums, ce serait génial ». Grâce au succès de la série, on a pu en faire quelques-uns de plus, mais dès le départ, on savait qu’on n’irait pas jusque 50 épisodes. Ce dont nous rêvions avant tout, c’était raconter une histoire autour du Scorpion, en explorant ses origines et les neuf familles, mais aussi la religion, qui est un sujet qui intéresse particulièrement Stephen Desberg.

Vous dites vous être inspiré des films de cape et d’épée, dont vous êtes un grand amateur, pour animer la série « Le Scorpion ». A l’inverse, pensez-vous que votre BD pourrait un jour être adaptée au cinéma ou à la télé?

Pourquoi pas? Cela ne me dérangerait pas, à condition que ce soit bien fait. Mais honnêtement, j’ai mes doutes là-dessus. Si les dialogues sont bons, si les acteurs sont convaincants, si les décors sont bien faits, cela me plairait vraiment. Mais il faudra d’abord qu’on me le prouve! Certaines séries américaines ou anglaises sont magnifiques, mais d’autres le sont beaucoup moins. Quant aux séries françaises, je ne suis pas très convaincu. J’ai vu des mini-séries historiques qui ne m’ont vraiment pas fait rêver! « Rani », par exemple. Je ne veux pas de ce genre de production pour le Scorpion. Si cela se fait, je veux que le résultat soit quelque chose qui m’inspire en retour.

« Adapter le Scorpion au cinéma ou à la télé? Cela ne me dérangerait pas, à condition que ce soit bien fait. Mais il faudra d’abord qu’on me le prouve! »

Y a-t-il des personnages que vous préférez dessiner?

Dessiner un beau mec comme le Scorpion n’est pas pour moi un vrai challenge, car c’est juste un ténébreux. Je prends davantage de plaisir à dessiner des personnages secondaires, surtout quand ils ont un côté un peu « cartoon ». De manière générale, j’aime dessiner des personnages plus complexes. Trebaldi, par exemple. Parfois, j’ai peut-être poussé trop loin la caricature, mais c’est quelque chose que j’aime bien faire. Je me sens plus libre quand les personnages sont très expressifs.

Depuis quelques années, vous êtes à la fois dessinateur et scénariste. Cela ne vous dérange pas de n’être que dessinateur sur la série « Le Scorpion »?

Non, car j’ai toujours eu mon mot à dire sur les scénarios de cette série. Même si c’est Stephen Desberg qui a vraiment développé l’intrigue, l’idée de départ du personnage du Scorpion était d’ailleurs la mienne, de même que la volonté de donner une atmosphère très « cape et épée » à la série.

Le Scorpion

Avez-vous d’autres projets de scénarios dans vos cartons?

Oui. J’aime beaucoup de choses, notamment le polar et le western. Quand j’ai des idées, je les note sur un papier, puis je les laisse reposer dans un tiroir. Si elles m’excitent toujours après un certain temps, je les utilise. Dans la mesure où j’alterne entre le Scorpion et les Aigles de Rome, ça ne me laisse pas beaucoup de temps pour lancer ces autres projets, mais malgré tout, je continue à y réfléchir régulièrement. Cela me permet de me changer les idées. Bien sûr, c’est frustrant de devoir attendre pour réaliser ces projets, mais en même temps, c’est une bonne chose de les laisser mûrir un peu, comme cela avait été le cas pour les Aigles de Rome, qui était resté en chantier un bon moment avant de devenir réalité. Cette attente m’a permis de laisser tomber certains éléments superflus, ce qui a été bénéfique à la série.

Quels sont vos projets concrets dans les mois et les années à venir?

Desberg et moi sommes en train de travailler sur la suite de L’Etoile du Désert. Mais je n’en serai pas le dessinateur, simplement le copilote. C’est Labiano qui dessinera ces nouveaux épisodes. Je suis très content que ce soit lui parce que j’aime beaucoup son travail. De mon côté, je vais m’attaquer au cinquième tome des Aigles de Rome, qui sera un album très important car il va raconter un moment crucial de l’histoire. Malheureusement, l’album ne pourra pas sortir l’année prochaine car j’ai pris un peu de retard. J’ai passé trop de temps à boire des cappuccinos sur des terrasses (rires).

Etes-vous un grand lecteur de bandes dessinées?

Oui, je suis fan de BD, mais j’ai très peu de temps pour en lire. Je suis un passionné de livres en général: je lis des romans, des biographies, des livres historiques… Ces lectures me permettent de me documenter. J’aime me plonger totalement dans un univers. Dans les bandes dessinées, je suis surtout attiré par le côté graphique. Récemment, j’ai aimé « Little Tulip » de Boucq ou « Les 4 coins du monde » de Labiano, par exemple. J’ai adoré aussi la manière dont Cabanes est parvenu à adapter « Fatale », le roman de Manchette.

Adapter un roman, c’est quelque chose qui pourrait vous attirer?

Absolument! Il y a un roman que je trouve fabuleux: c’est « Lonesome dove », de Larry McMurtry. Plus qu’un western, c’est un grand livre qui parle du voyage d’une bande de cow-boys conduisant un troupeau de vaches du Sud vers le Nord des Etats-Unis. Ce n’est pas un western classique, car c’est très réel. On y découvre les cow-boys dans des situations dans lesquelles on n’a pas l’habitude de les voir. Cela casse un peu le mythe du cow-boy. C’est épique, magnifique, très humain. Le livre a d’ailleurs été adapté en série télé. Adapter ce roman de 800 pages en BD serait phénoménal, même si cela prendrait un temps fou. Je ne vais pas le faire, mais si j’en avais l’occasion, je ne le confierais pas à un autre scénariste: je le ferais moi-même. Quand on choisit d’adapter quelque chose, il faut choisir quelque chose de très fort. Et « Lonesome dove » l’est vraiment!

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Une réflexion sur “INTERVIEW – Enrico Marini: « La fin du Scorpion sera tragique! »

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