Teresa sur les traces de Toutankhamon

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10 décembre 2022 par matvano

Hypericon (Manuele Fior – Editions Dargaud)

En novembre 1922, l’archéologue britannique Howard Carter fait une découverte miraculeuse dans la Vallée des Rois, en Égypte. Après des années de fouilles infructueuses, au moment même où son mécène Lord Carnarvon s’apprête à arrêter les frais, Carter découvre une marche taillée dans le sol rocheux. Une fois le sable déblayé, tout indique qu’il s’agit de la première marche d’un escalier souterrain typique de ceux de la dix-huitième dynastie. Cet escalier mène à la tombe d’un jeune pharaon tombé dans l’oubli depuis longtemps: Toutankhamon. Au coeur de cette sépulture inviolée depuis 3.000 ans, Howard Carter met à jour des trésors absolument incroyables, notamment des masques funéraires en or et des sarcophages ornés de pierres précieuses. La légende de Toutankhamon est née! Hasard ou coïncidence, un jeune garçon égyptien avait confié à l’égyptologue britannique une fleur de millepertuis peu avant sa découverte. Comme si cette fleur, également appelée hypericon, était là pour lui indiquer l’endroit où creuser… Quelques dizaines d’années plus tard, en 1998, Teresa se passionne pour le journal d’Howard Carter, qui est devenu son livre de chevet. Souffrant d’insomnies chroniques, elle passe des nuits entières à lire les écrits de son glorieux aîné. Il faut dire que Teresa a de bonnes raisons de se passionner pour les fouilles menées par Carter. Cette jeune archéologue italienne, qui a toujours été une étudiante brillante, vient d’arriver à Berlin pour travailler en tant qu’assistante scientifique pour l’installation d’une exposition consacrée au trésor de Toutankhamon. Un séjour qui va remettre en cause toutes ses certitudes. Deux jours à peine après son arrivée en Allemagne, elle rencontre un compatriote dans le bus. Ruben est grand, parle fort, habite dans un squat et porte fièrement un manteau d’officier allemand. A priori, il n’est pas trop le genre de Teresa, qui a un côté beaucoup plus sage. Mais lorsqu’il lui propose d’aller au zoo en se baladant au hasard dans les rues de Berlin, la jeune femme le suit sans trop réfléchir. C’est le début d’une belle histoire d’amour entre ce grand adolescent rêveur et fantasque, venu à Berlin pour fuir sa famille et son milieu, et cette petite archéologue insomniaque, inquiète et tourmentée.

« Une histoire d’amour, d’insomnie et d’archéologie. » C’est comme ça que les éditions Dargaud résument « Hypericon » dans la bande annonce du livre. A priori, on se dit que ces trois mots ne sont pas forcément compatibles. Et pourtant, à l’image de l’hypnotique couverture de cette bande dessinée, l’auteur italien Manuele Fior parvient à composer une histoire qui tient parfaitement la route en mixant la quête d’Howard Carter dans la Vallée des Rois en 1922 avec celle de la jeune Teresa dans une ville de Berlin en pleine mutation en 1998. D’un côté, on a droit à des pages historiques presque documentaires, sans dialogues mais avec des couleurs chaudes et même des plans des fouilles de la tombe de Toutankhamon (ceux-ci se complètent d’ailleurs au fur et à mesure des découvertes de Carter). De l’autre, on a une histoire d’amour naissante entre Teresa et Ruben, avec des passages carrément érotiques et un ton beaucoup plus moderne. Tout en étant aux antipodes, ces deux époques et ces deux histoires se complètent et s’entremêlent de manière très fluide. Et on découvre progressivement que le principal trait d’union qui lie Teresa et Toutankhamon est ce fameux hypericon, cette fleur de millepertuis aux vertus apaisantes, qui sert à chasser les démons. Manuele Fior fait preuve d’un réel sens de la narration pour raconter cette double histoire. C’est vrai au niveau des mots, mais ça l’est tout autant au niveau du dessin. Son trait tout en finesse et en douceur illustre à merveille le trouble d’Howard Carter en découvrant les trésors de la tombe de Toutankhamon, mais il fonctionne tout aussi bien pour faire vivre les émotions de Teresa, qui alterne en permanence entre joie et désespoir. Plus de dix ans après avoir remporté le Fauve d’or au Festival d’Angoulême pour son album « Cinq mille kilomètres par seconde », Manuele Fior marque une nouvelle fois les esprits avec cet « Hypericon » particulièrement original, qui est clairement l’une des plus belles sorties de cette fin d’année 2022. Cent ans après sa découverte, le tombeau de Toutankhamon continue décidément à inspirer les créateurs d’histoires!

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