Prado inspiré à son tour par la crise bancaire

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11 mars 2017 par matvano

Proies faciles (Miguelanxo Prado – Editions Rue de Sèvres)

Juan Taboada Rivas, 37 ans, est un commercial sans histoires, qui travaille à la banque Ovejero en Espagne. Lorsqu’il est retrouvé mort dans son salon, l’inspectrice de police Tabares et son adjoint Sotillo sont appelés sur les lieux. Certes, l’homme en question ne semblait pas mener une vie très saine, comme en attestent les boîtes de pizzas éventrées, les canettes de bières et les nombreux mégots retrouvés dans son appartement, mais les circonstances de son décès paraissent tout de même suspectes. A priori, Juan Taboada Rivas était bien trop jeune pour mourir d’un infarctus. Les deux policiers pensent d’abord qu’il s’agit d’un empoisonnement alimentaire, mais la situation devient plus inquiétante lorsque le lendemain, une deuxième personne meurt de façon tout aussi inexplicable dans un bar de la rue Ramon Fonseca. Au moment de payer, une femme s’est tout à coup sentie mal, puis elle s’est effondrée sur le chemin des toilettes, prise de convulsions. Le point troublant est qu’elle aussi travaillait dans une banque, puisqu’elle dirigeait l’agence Bancanova située juste à côté du bar. Le jour d’après, Tabares et Sotillo sont en réunion de crise avec leur équipe lorsqu’ils sont prévenus de la découverte d’un troisième cadavre, sur la plage cette fois. Il s’agit de Juan Luis Sanchez, l’ex-président de la banque Caixatlantica. Désormais, il n’y a plus de doute possible: il y a bel et bien un tueur en série qui s’en prend aux banques de la ville. Ou peut-être s’agit-il d’un groupe terroriste anti-capitaliste qui a décidé de passer à l’action. Ce qui est certain, c’est que les deux policiers sont confrontés à des tueurs extrêmement bien organisés. Alors que chaque jour amène un nouveau cadavre, ils n’ont même pas le début d’une piste et disposent de très peu d’indices à creuser… Et si tous ces événements étaient liés au suicide d’un couple de personnes âgées un an plus tôt?

Avec « Proies faciles », Miguelanxo Prado change de registre. Abandonnant momentanément les ingrédients habituels de son oeuvre – l’humour grinçant, la poésie, la mélancolie -, l’auteur espagnol revient en librairie avec un polar social en noir et blanc, inspiré par la crise bancaire qui a touché de plein fouet les citoyens de son pays au cours de ces dernières années. Tout comme Juan Diaz Canales dans « Au fil de l’eau », Miguelanxo Prado s’est laissé inspirer par l’impact dévastateur qu’a eu la crise financière sur les personnes âgées. En Espagne, celles-ci ont été particulièrement nombreuses à perdre toutes leurs économies lors de la débâcle bancaire, voire même à être carrément expulsées de leur logement. « C’est ce qui m’a poussé à écrire ce scénario », raconte Prado. « La lecture de tant d’articles sur des personnes sans défense, sacrifiées sans scrupule dans le broyeur du bénéfice de la spéculation… » La force de « Proies faciles » est qu’il s’agit de deux histoires en une. D’un côté, il y a l’enquête policière, rythmée et bien ficelée. Si le volet policier de l’histoire fonctionne aussi efficacement, c’est surtout grâce à son duo de flics. Tabares et Sotillo sont deux personnages vraiment réussis, à la fois très humains et très complémentaires, comme dans tout bon récit policier. De l’autre côté, il y a le volet plus militant de « Proies faciles », qui vise clairement à dénoncer le scandale social et bancaire ayant touché les petits épargnants en Espagne, mais aussi dans de nombreux autres pays à travers le monde. Dans son livre, Prado imagine la vengeance froide de certains de ces petits épargnants, écoeurés par les dérives du système capitaliste et le cynisme ambiant. Sont-ils dès lors réellement coupables? C’est la question posée par Prado dans cette BD qui, tout en étant engagée, n’est jamais simpliste. Un livre original et intelligent.

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Une réflexion sur “Prado inspiré à son tour par la crise bancaire

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