Double dose de Voltaire

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8 septembre 2019 par matvano

Voltaire (très) amoureux (Clément Oubrerie – Editions Les Arènes)

Voltaire: Le culte de l’ironie (Jean-Michel Beuriot – Philippe Richelle – Editions Casterman)

Près de 250 ans après sa mort, Voltaire reste plus que jamais un personnage inspirant. La preuve: en cette rentrée littéraire, deux BD consacrées à l’écrivain et philosophe français viennent de sortir quasiment simultanément en librairie. Dans « Voltaire (très) amoureux » (qui est la suite du « Voltaire amoureux » sorti il y a deux ans), Clément Oubrerie se focalise avant tout sur l’étonnante histoire d’amour entre Voltaire et la brillante Emilie du Châtelet. On y découvre à quel point l’esprit et le charme de cette mathématicienne surdouée ont donné une seconde jeunesse au philosophe quadragénaire. Lui qui se croyait arrivé au terme de son existence renaît véritablement grâce à la pétillante Emilie. Leur rencontre produit des étincelles, à la fois sur le plan physique et sur le plan intellectuel, les deux amants partageant aussi bien le goût des sciences que celui des lettres. Ces deux esprits libres prennent un plaisir fou à se stimuler l’un l’autre, mais également à critiquer ouvertement des collègues scientifiques et écrivains. Et peu importe si les moqueries publiques de Voltaire lui attirent régulièrement de nouveaux ennemis… Dans « Voltaire: Le culte de l’ironie », Beuriot et Richelle choisissent un tout autre angle pour aborder la vie du philosophe des Lumières. Bien sûr, on croise également Emilie du Châtelet dans leur version, mais ils démarrent leur récit bien plus tard, en 1765, avec un Voltaire vieillissant qui reçoit régulièrement son jeune biographe au château de Ferney. Il en profite pour lui raconter les épisodes les plus marquants de sa vie, de son enfance chez les Jésuites à son exil près de la frontière franco-suisse, en passant par ses premiers émois amoureux, ses emprisonnements à la Bastille et son exil en Angleterre, qui lui inspirera ses fameuses « Lettres philosophiques ». Mais la BD de Beuriot et Richelle ne s’intéresse pas qu’à Voltaire. Elle mélange le parcours de l’écrivain avec celui du chevalier de La Barre, un jeune aristocrate d’Abbeville qui fut injustement exécuté pour avoir soi-disant dégradé des symboles religieux. Scandalisé par l’arbitraire et l’aveuglement de la justice royale, Voltaire se battra comme un lion pour réhabiliter la mémoire de La Barre.

Ce qui est bien avec « Voltaire (très) amoureux » et « Voltaire: Le culte de l’ironie », c’est qu’il s’agit de deux ouvrages qui offrent des visions très différentes de la vie du philosophe. Il y en a donc pour tous les goûts. Dans la foulée de ses BD précédentes, notamment les excellentes séries « Aya de Yopougon » et « Pablo », Clément Oubrerie utilise avant tout la fantaisie et la poésie pour raconter la rencontre explosive entre Voltaire et Emilie du Châtelet. Il en profite pour se faire plaisir au niveau graphique, en s’offrant quelques doubles pages très oniriques pour illustrer la passion dévorante entre le philosophe et la mathématicienne. Comme toujours chez Oubrerie, il y a une énergie positive communicative qui se dégage de ses planches. « Voltaire (très) amoureux » ne déroge pas à la règle: plus encore que le tome 1 de la série, ce deuxième épisode est un livre qui met de bonne humeur, à condition bien sûr d’accepter de se laisser embarquer dans cet univers de salons un peu pédants et de bons mots qui font mouche. De son côté, « Voltaire: Le culte de l’ironie » plaira sans doute davantage aux férus d’histoire et aux amateurs d’une narration un peu plus classique. Le scénario de Philippe Richelle est, en effet, plus complet et sans doute plus réaliste que celui d’Oubrerie. Il peut, par contre, laisser certains lecteurs sur leur faim, car il n’est évidemment pas aisé de résumer une vie aussi riche que celle de Voltaire en un seul album. Mention spéciale aux magnifiques dessins en couleur directe de Jean-Michel Beuriot, tout en légèreté et en délicatesse. Ils conviennent parfaitement au fameux esprit des Lumières. Après cette escapade au XVIIIème siècle, on attend maintenant avec impatience la suite d’« Amours fragiles », l’excellente série très romanesque de Beuriot et Richelle.

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