Comment est née l’arme la plus effroyable de tous les temps?

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21 mars 2020 par matvano

La Bombe (Didier Alcante – Laurent-Frédéric Bollée – Denis Rodier – Editions Glénat)

Les noms d’Hiroshima et Nagasaki resteront à jamais associés à la bombe atomique. Le 6 août 1945, alors que le Japon est déjà sur les genoux, les Etats-Unis décident de forcer la fin de la guerre. Sur ordre du président Truman, le B-29 « Enola Gay » largue la bombe « Little Boy » sur la ville portuaire d’Hiroshima, qui est alors une base importante de l’armée japonaise. La ville est anéantie en quelques secondes. Plus de 70.000 personnes sont instantanément pulvérisées. Pire encore: dans les cinq ans qui suivent, le bilan monte à 200.000 morts à cause des effets des radiations. Trois jours plus tard, le 9 août 1945, c’est au tour de Nagasaki d’être bombardée. Là aussi, les chiffres sont glaçants: 80.000 morts en 4 mois, dont 40.000 le jour même. Les Etats-Unis parlent d’un « succès total », mais l’humanité découvre avec stupeur que tous les habitants de la planète sont désormais à la merci de cette arme de destruction massive. Exactement 75 ans après les catastrophes d’Hiroshima et Nagasaki, la bande dessinée « La Bombe » raconte dans le détail comment cette arme effroyable a pu voir le jour. Dans ce formidable roman graphique choral de près de 450 pages, qui démarre à Berlin en 1933 pour s’achever par la reddition du Japon, on suit tous les personnages-clés qui ont mené à ce jour funeste du 6 août 1945, d’Einstein à Oppenheimer, en passant par Staline ou Roosevelt. Impossible de les citer tous ici, mais on suit notamment le scientifique hongrois Léo Szilard, qui va d’abord remuer ciel et terre pour que les Etats-Unis développent la bombe atomique avant l’Allemagne, avant de se raviser par la suite et de se démener avec la même énergie pour tenter de convaincre l’armée américaine de ne pas utiliser la bombe, malgré les milliards de dollars investis. On suit également Leslie Groves, l’irascible général américain qui dirige d’une main de fer le Projet Manhattan, le nom de code donné au développement de la bombe atomique à Los Alamos, dans le désert du Nouveau-Mexique. En tant que fervent supporter de la bombe, Groves est persuadé que son utilisation a permis d’épargner un million de vies de soldats américains. Et puis bien sûr, on suit aussi Naoki Morimoto, l’un des seuls personnages fictifs de cet album. Il représente tous les habitants de la ville d’Hiroshima. Les scénaristes de « La Bombe » imaginent d’ailleurs que c’est lui dont on peut encore apercevoir l’ombre sur l’escalier d’une banque située à 250 mètres de l’hypocentre de l’explosion…

« La Bombe » est l’une des BD les plus impressionnantes de ces dernières années. Basé sur une documentation extrêmement solide, ce roman graphique puissant est appelé à devenir un nouveau livre de référence sur l’histoire de la bombe atomique. C’est un témoignage indispensable sur l’un des épisodes les plus noirs de l’histoire de l’humanité. Lorsqu’on referme ce livre après plusieurs heures de lecture, on ne peut que se dire: « plus jamais ça ». Mais « La Bombe » est bien plus qu’un livre historique. En se focalisant sur les destins individuels des scientifiques et des militaires qui ont conçu la fameuse bombe, cette BD est avant tout une histoire humaine passionnante, qui se lit comme un roman. Pour le scénariste belge Didier Alcante, l’homme à l’origine de ce projet pharaonique, « La Bombe » est quasiment l’aboutissement d’une vie, puisque ça fait quarante ans qu’il veut raconter cette histoire et qu’il rassemble de la documentation. Tout commence à la fin des années 70, lorsqu’il sympathise avec Kazuo, un jeune Japonais venu passer une année en Belgique (et qui prête ses traits au personnage de Naoki Morimoto dans la BD). Les deux garçons étant restés amis, Didier Alcante se rend au Japon en 1981. C’est à ce moment qu’il découvre pour la première fois le Musée mémorial de la paix à Hiroshima et surtout cette fameuse ombre qui va le marquer à vie. Des années plus tard, lorsqu’il décide de démarrer l’écriture d’un scénario en vue de la parution d’une BD pour le 75ème anniversaire du bombardement d’Hiroshima et Nagasaki, il se rend compte de l’ampleur de la tâche. Plutôt que de se lancer seul dans l’aventure, il choisit alors de s’associer au scénariste Laurent-Frédéric Bollée, qui a l’habitude des BD volumineuses, lui qui a déjà publié un roman graphique de 500 pages. Il s’agit de « Terra Australis », un livre sur la colonisation de l’Australie. Reste alors aux deux hommes à trouver un dessinateur capable de dessiner près de 450 planches en seulement quelques années. La perle rare s’appelle Denis Rodier, un dessinateur canadien ayant fait ses armes chez DC Comics (où il a notamment dessiné des histoires de « Superman ») et qui parvient à combiner un dessin réaliste et précis avec un rythme de travail démentiel. Le résultat est bluffant, puisque les planches en noir et blanc de Rodier sont impeccables. Au final, cela donne un roman graphique indispensable pour tous les férus d’histoire. « La Bombe » est un livre parfait pour passer le temps de manière intelligente en ces temps de confinement forcé.

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