Qui était vraiment le créateur de Blake et Mortimer?

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2 janvier 2022 par matvano

Edgar P. Jacobs – Le rêveur d’apocalypses (François Rivière – Philippe Wurm – Editions Glénat)

Bruxelles, 1919. Par une nuit pluvieuse, qui donne à la capitale belge un aspect sombre et inquiétant, le jeune Edgar P. Jacobs et son fidèle comparse Jacques Van Melkebeke décident de se laisser enfermer dans la Galerie égyptienne du Musée du Cinquantenaire. Passionnés par l’Histoire et l’art antique, les deux amis rêvent de pouvoir examiner les hiéroglyphes et les momies de près, sans être dérangés par les gardiens du musée. Ils envisagent même de parler avec les morts dans le mastaba de Capart, cet édifice funéraire égyptien ramené à Bruxelles par un célèbre égyptologue de l’époque. En quelques pages, on devine déjà tous les éléments qui serviront de base au « Mystère de la Grande Pyramide », cet album mythique qui paraîtra bien des années plus tard… Si le nom d’Edgar P. Jacobs est à jamais associé à ceux de Blake et Mortimer, apparus il y a 75 ans dans les pages du journal Tintin, on connaît moins bien le parcours étonnant de cet auteur pas comme les autres. En lisant « Le rêveur d’apocalypses », une nouvelle biographie dessinée consacrée au génial créateur de Blake et Mortimer, on découvre à quel point ses bandes dessinées ont été nourries par ses nombreuses autres passions. Bien avant de consacrer sa vie au dessin, Jacobs était un amateur d’art antique égyptien, un collectionneur d’armes japonaises, un chanteur lyrique, mais aussi un romantique dans l’âme… Formé à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, le jeune Edgar fait rapidement preuve d’une réelle aptitude pour le dessin. Mais à l’époque, il rêve surtout d’une carrière de chanteur d’opéra. Le dessin est alors pour lui un gagne-pain plutôt qu’une véritable vocation. Il fait ses armes dans les décors de théâtre et dans les réclames pour les grands magasins. C’est à cause de la guerre qu’il devient finalement auteur de BD. Comme le service de censure de l’occupant allemand exige l’arrêt de la série américaine Flash Gordon dans le journal « Bravo », c’est à Edgar P. Jacobs que l’on demande de prendre la relève. C’est comme ça qu’il fournit au journal les planches de sa première bande dessinée: « Le Rayon U ». Plus ou moins au même moment, il devient l’assistant d’Hergé, qu’il rencontre grâce à leur ami commun Jacques Van Melkebeke. Il joue un rôle primordial dans la création de plusieurs albums mythiques de Tintin, notamment « Les sept boules de cristal » et « Le Temple du soleil », mais sans jamais être crédité. Déçu par l’attitude d’Hergé, il choisit alors de voler de ses propres ailes et crée les aventures de deux héros anglais: le colonel Francis Blake et le professeur Philip Mortimer. Il leur donne les traits de deux de ses amis, tandis que le colonel Olrik, l’ennemi juré de Blake et Mortimer, s’inspire d’Henri Quittelier, l’ex-mari de Jeanne, le grand amour de la vie de Jacobs.

« Le rêveur d’apocalypses » n’est pas la première biographie dessinée consacrée à Edgar P. Jacobs, mais c’est certainement la plus intéressante. Il faut dire que son scénario est signé par François Rivière, qui a très bien connu Jacobs de son vivant. La plupart des anecdotes qui figurent dans l’album lui ont été racontées en direct par le créateur de Blake et Mortimer, ce qui contribue certainement à donner plus de saveur à cet album, qui combine classicisme et fantaisie. On peut en dire de même pour les dessins de Philippe Wurm, dont le style est assez différent de celui de Jacobs, mais qui parvient malgré tout à coller à l’esprit de celui-ci, notamment dans la magnifique séquence d’ouverture dans les rues de Bruxelles, qui fait inévitablement penser à l’ambiance de « La Marque jaune ». Comme on le découvre dans l’album, c’est d’ailleurs le port de Bruxelles qui a servi de principale source d’inspiration à Jacobs pour recréer les docks de Londres. « Le rêveur d’apocalypses » est un ouvrage qui plaira avant tout aux férus d’Histoire de la bande dessinée. Pourquoi? Parce qu’il nous plonge dans les coulisses de la création de plusieurs albums mythiques de « Blake et Mortimer », mais aussi et surtout parce qu’il montre la relation un peu trouble entre Jacobs et Hergé. Même si les deux hommes se sont longtemps entendus à merveille, le créateur de Tintin avait très peur que son assistant lui fasse de l’ombre. Du coup, quand Jacobs a refusé de rejoindre l’équipe du Studio Hergé et qu’il a préféré se consacrer à ses propres histoires, les relations entre les deux hommes se sont inévitablement distendues. La plupart du temps, Jacobs préférait d’ailleurs rester loin du Studio Hergé et de ses auteurs, en particulier Jacques Martin, qu’il n’appréciait pas particulièrement. C’est du moins ce qu’on devine entre les lignes (ou entre les cases) de ce « Rêveur d’apocalypses ». Alors que la série Blake et Mortimer cartonne plus que jamais en librairie, cette biographie dessinée constitue un bel hommage à un génie discret du Neuvième Art, dont les planches ont inspiré des générations d’auteurs après lui.

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