47 cordes: une BD hypnotique, nourrie par Stanley Kubrick et David Lynch

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30 décembre 2021 par matvano

47 cordes – Première partie (Timothé Le Boucher – Editions Glénat)

Ambroise est un jeune homme un peu solitaire, qui aime se réfugier dans la musique et dans le dessin. C’est pour ça qu’il est venu se cacher dans une petite crique isolée, loin de la foule et des regards indiscrets. Mais alors qu’il pique une tête dans la mer, il est repéré par une femme sur un hors-bord rutilant. Tout en toisant Ambroise du haut de son bateau, elle lui fait remarquer que c’est une plage privée. Puis elle retire son immense chapeau et plonge à côté de lui, révélant ainsi au jeune homme une impressionnante chevelure rouge. Celui-ci est tellement fasciné par l’apparition de cette femme si séduisante et si sûre d’elle qu’il remarque trop tard que le sac à dos qu’il a laissé sur la plage est en train de prendre l’eau. Le hic, c’est qu’il y a l’ordinateur d’Ambroise dans ce sac. « J’ai ma vie dans cet ordi », peste-t-il, tandis que la femme aux cheveux rouges en profite pour fouiller ses affaires. Elle découvre que le jeune homme joue de la harpe et qu’il aime la littérature et les mangas. Déterminée à croquer sa proie, la femme propose à Ambroise de lui racheter un ordinateur. Mais en échange, il doit lui appartenir jusqu’à minuit. « Vous me prenez pour un gigolo? », s’indigne Ambroise. « Tu n’es pas très amusant », lui répond-elle, avant de replonger dans l’eau et de repartir à bord de son bateau, sous les yeux interloqués du jeune harpiste. Celui-ci n’est pas au bout de ses surprises. Sur le chemin du retour, plusieurs jeunes femmes l’abordent. Toutes tentent de le séduire, mais sans succès. Un peu plus tard, alors qu’Ambroise s’entraîne à la salle d’escalade, il fait la connaissance de Thomas, avec qui le courant passe immédiatement. Cela lui fait très plaisir, car il n’a pas forcément l’habitude de se faire des amis très facilement. Ce qu’Ambroise ignore, c’est que la femme sur le bateau, les jeunes femmes qu’il a croisées sur son chemin et même Thomas sont en réalité une seule et même personne. Derrière toutes ces personnalités se cache une métamorphe, une créature fantastique capable de changer de forme à volonté. Cette métamorphe, c’est Francesca Forabosco, une célèbre cantatrice. Déterminée à le séduire, elle va prendre Ambroise sous son aile en promettant de lui offrir la harpe de ses rêves s’il parvient à relever 47 défis. Soit autant que les 47 cordes sur la harpe. Mais attention, le deal est clair: un seul échec, et l’instrument lui échappera pour de bon…

Timothé Le Boucher est un auteur qui n’aime pas se sentir à l’étroit. Quand il raconte une histoire, il n’hésite pas à s’octroyer la place nécessaire pour poser son intrigue, explorer ses personnages, créer une ambiance. C’est ce qui rend les univers de ses livres parfaitement cohérents et convaincants. On avait déjà pu le constater dans « Ces jours qui disparaissent » et « Le Patient », ses deux précédents romans graphiques, qui faisaient respectivement 200 pages et 300 pages. Ces deux récits très forts ont été des best-sellers. Ils ont permis à Timothé Le Boucher de changer de statut et de troquer son étiquette d’étoile montante pour celle de valeur sûre de la BD actuelle. Du coup, il ose aujourd’hui franchir un cap supplémentaire. Avec « 47 cordes », il se lance dans une œuvre extrêmement ambitieuse puisque le premier volet de cette histoire conçue en deux parties fait déjà 400 pages. De quoi risquer une indigestion? La réponse est non, car on ne s’ennuie pas une seule seconde en lisant « 47 cordes ». L’univers inquiétant et sensuel de cet album a quelque chose de totalement hypnotique, notamment parce que Timothé Le Boucher y poursuit son exploration de la thématique du dédoublement de personnalité, déjà très présente dans « Ces jours qui disparaissent » et « Le Patient ». Il y ajoute un thème très actuel, celui de l’envie de plaire à tout prix. Les métamorphes, ces créatures qui peuvent changer d’apparence d’un instant à l’autre, sont une trouvaille particulièrement ingénieuse et efficace d’un point de vue scénaristique. Elles permettent à l’auteur de confronter le pauvre Ambroise, qui ne réalise pas à quel point il est pris au piège, à toute une brochette de personnages charismatiques et ambigus. S’appuyant sur son style graphique élégant et sensuel, Timothé Le Boucher signe un récit bourré de suspense et de psychologie. Grand admirateur d’Alfred Hitchcock, l’auteur français puise également son inspiration du côté des films de Stanley Kubrick ou David Lynch. Certaines pages de « 47 cordes » font ainsi penser à la fameuse scène de la soirée masquée dans « Eyes wide shut », avec Nicole Kidman et Tom Cruise. On a donc hâte de découvrir le second tome de « 47 cordes », d’autant plus que le premier volet du diptyque se termine sur un fameux rebondissement.

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