Un Londonien dans la brume écossaise

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19 avril 2026 par matvano

Lyndon – Comme la mer sous la lune (Irene Marchesini – Carlotta Dicataldo – Editions Le Lombard)

Nous sommes sur une île écossaise, à la fin du dix-neuvième siècle. Sur ce rocher balayé par les vagues et les vents violents, la nature est âpre et sauvage. Avec son teint blafard et son allure de dandy, Lyndon Meriwether dénote par rapport aux autres habitants du village. Il faut dire que ce jeune enseignant à l’allure de poète maudit n’est pas du tout originaire du coin. Quelques mois auparavant, Lyndon habitait encore à Londres avec sa mère, et donnait des cours particuliers à de riches familles bourgeoises. Mais depuis toujours, il est en proie à de terribles angoisses et à des cauchemars qui le hantent. Pour apaiser ses tourments, il a décidé il y a neuf mois de fuir la frénésie londonienne. En acceptant ce poste de professeur dans une petite école de village sur une île au large des côtes écossaises, il aspire à renouer enfin avec le calme et la sérénité. Dans un premier temps, cela semble fonctionner, comme il l’écrit dans les lettres qu’il adresse à un certain Thomas. Tandis que sa collègue Miss Murray s’occupe de la classe des filles, lui s’occupe de l’éducation des garçons. Et on peut dire qu’il s’en sort plutôt bien, puisqu’en quelques mois seulement, il est parvenu à gagner la confiance et le respect de ses jeunes élèves et de leurs parents. A sa grande surprise, il est même parvenu à se faire quelques amis sur l’île. « Tout le monde vous apprécie. Pourtant, d’habitude, les gens d’ici ne sont pas les plus faciles », lui fait remarquer Elliot McKay, le grand frère d’un de ses élèves. Mais dans cette lande brumeuse où les croyances et les esprits semblent encore bien vivants, un événement tragique va faire voler en éclats ce fragile équilibre. Lorsque le petit Gavin McKay, le frère d’Elliot, disparaît lors d’une nuit de tempête, les traumatismes de Lyndon remontent à la surface. Plus agité et fiévreux que jamais, le jeune professeur va devoir affronter son passé et ses peurs. La disparition de Gavin, qui reste introuvable, serait-elle l’oeuvre du Kelpie, ce mystérieux cheval ondin qui entraîne les humains dans les profondeurs marines?

Il y a deux ans, Irene Marchesini et Carlotta Dicataldo avaient marqué les esprits avec « Rebis », un roman graphique inattendu et très réussi sur la sororité et sur les ravages de l’intolérance. Autant dire que la sortie du deuxième livre de ces jeunes autrices italiennes représente un événement pour beaucoup d’amateurs de bande dessinée. Avec « Lyndon », elles poursuivent dans la même veine, tout en proposant quelque chose de totalement distinct. Dans leur nouvelle BD, il est une nouvelle fois question d’acceptation de la différence et les graphismes sont toujours aussi somptueux, avec une pointe de fantastique, mais on est dans un tout autre univers, inspiré à la fois par les soeurs Brontë et par l’univers du manga. Les autrices elles-mêmes évoquent un hommage à l’art gothique et aux « boys love » modernes popularisés par la fiction asiatique, et particulièrement le manga japonais. Au-delà de ces influences, il faut surtout retenir de « Lyndon » qu’il s’agit d’un drame victorien original, situé dans une Ecosse rurale qui se prête à merveille aux ambiances tour à tour contemplatives et inquiétantes. C’est clairement une riche idée d’avoir imaginé ce contraste qui fonctionne bien entre les pêcheurs et paysans écossais, avec leur côté attachant mais un peu brut de décoffrage, et ce jeune Londonien intello, blafard, anxieux, hanté par des souvenirs tragiques. La dessinatrice Carlotta Dicataldo prend manifestement beaucoup de plaisir à mettre en scène cette galerie de personnages dans un décor brumeux et mystérieux, avec ses falaises et ses grottes, mais aussi ses monstres et ses légendes. Quant à la scénariste Irene Marchesini, elle s’amuse, elle aussi, à distiller patiemment les différents ingrédients de son intrigue, à l’image de ce qu’on ferait pour la fabrication d’un bon whisky écossais, en veillant à alterner les moments plus contemplatifs avec les scènes de tension. Après « Rebis », les deux autrices italiennes confirment qu’elles sont des nouvelles voix qui comptent dans le monde de la bande dessinée.

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