Noir c’est noir, même sous le soleil

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27 mai 2013 par matvano

CANICULE

Canicule (Baru – Jean Vautrin – Editions Casterman)

Il ne faut pas se fier à la couverture ensoleillée et lumineuse de « Canicule »: l’ambiance pesante de ce polar rural est bien plus proche de la chanson « noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » que d’une reposante balade estivale à travers les champs de blé. Déjà porté à l’écran par Yves Boisset en 1984, « Canicule » est à la base un roman malsain et étouffant de Jean Vautrin, qui vit aujourd’hui une troisième vie grâce à cette adaptation en bande dessinée signée par Baru (« L’autoroute du soleil », « L’enragé »). La rencontre entre Vautrin et Baru était forcément prometteuse: le premier a remporté le prix Goncourt en 1989, tandis que le second a reçu le Grand prix de la ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre en 2010. De plus, on savait déjà que l’oeuvre de Vautrin pouvait s’adapter magistralement au format BD, car Tardi en a fourni la preuve éclatante avec sa version du roman « Le Cri du peuple ». Le résultat de l’adaptation de Vautrin par Baru est lui aussi plutôt réussi et devrait plaire aux amateurs du genre ultra-noir. Il faut dire que parmi les personnages de « Canicule », il n’y en a pas un pour sauver l’autre. Lorsque le gangster Jimmy Cobb débarque près d’une ferme de la Beauce afin d’y planquer son magot, il est loin de se douter qu’il va tomber sur une bande de fous furieux bien plus dangereux pour lui que la police. Entre le père vicieux et tyrannique, la mère froide comme un glaçon qui ne rêve que de tuer son mari, la soeur simplette et nymphomane, le frère alcoolique et nostalgique de l’Algérie, le dur à cuire Jimmy ne va pas tarder à vivre un véritable enfer. Et on se doute dès le début que ça va se terminer très mal, d’autant plus que la chaleur caniculaire de l’été ne fait qu’exacerber les pulsions de cette belle brochette de tarés! Optant pour un style encore plus brut que ses précédents livres, Baru privilégie le dessin plutôt que les mots afin de plonger le lecteur dans ce huis clos campagnard désespéré et oppressant, où quasiment tous les personnages semblent laids et dégénérés. Du coup, cette économie de mots fait en sorte que « Canicule » se lit assez vite. Mais on n’est pas frustré pour autant car Baru parvient tellement bien à rendre la violence physique et psychologique des personnages de Vautrin qu’on est presque soulagé de les quitter à la fin du livre! « Canicule » est un roman graphique dérangeant et passionnant. A noter que Baru envisage d’adapter d’autres histoires de Jean Vautrin dans les années à venir. On en frissonne déjà.

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