Itinéraire d’un doux dingue sanguinaire

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8 décembre 2013 par matvano

Charly 9

Charly 9 (Richard Guérineau – Jean Teulé – Editions Delcourt)

« Tous! Tous! Les hommes, les femmes, les enfants, les infirmes, les vieillards! Tuez-les, mais tuez-les tous! Qu’il n’en reste pas un seul pour venir un jour me le reprocher! » A la page 16 de « Charly 9 », après une longue et fascinante scène d’introduction, le jeune roi Charles IX finit par craquer. Sous la pression de sa mère, la terrible Catherine de Médicis, il ordonne que l’on profite du mariage de sa soeur Marguerite de Valois (la fameuse reine Margot) avec Henri de Navarre (le futur Henri IV) pour tuer tous les protestants venus à Paris pour assister à ces noces historiques. Un ordre qui débouche sur l’effroyable massacre de la Saint-Barthélemy, qui fait des milliers de morts dans la nuit du 24 août 1572. Un ordre qui scelle également le propre sort du roi… Lorsqu’il découvre l’étendue des dégâts dans les rues parisiennes rouges de sang, le déjà fragile Charles IX sombre carrément dans la folie. Cherchant refuge dans la chasse, il se met à massacrer frénétiquement toutes sortes d’animaux, allant même jusqu’à poursuivre, nu et à cheval, un cerf dans les couloirs de son château de Vincennes, sous les yeux désapprobateurs et exaspérés de sa mère. Il n’hésite pas non plus à enfouir sa tête dans les entrailles d’un gibier qu’il vient d’abattre, afin d’essayer de fuir les problèmes comme le ferait une autruche en mettant sa tête dans le sable. Après des mois de lente descente aux enfers, la folie sanguinaire de Charly finit par ressortir par tous les pores de son corps, lorsque le jeune roi se met à transpirer du sang en permanence. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à honorer régulièrement et avec ardeur sa maîtresse Marie Touchet, qui a la particularité d’être une… protestante. Le 31 mai 1574, Charles IX finit par mourir, à seulement 23 ans, tandis que catholiques et protestants continuent à s’étriper joyeusement. Basé sur le livre du même nom de Jean Teulé, dont on connaît le talent pour raconter l’histoire de France de manière ironique et décalée, « Charly 9 » fait mieux que simplement adapter le roman de Teulé en bande dessinée. Après avoir réussi il y a quelques mois une belle incursion dans l’univers de la série XIII, Richard Guérineau fait preuve, ici aussi, d’un réel talent de metteur en scène pour donner vie à ce jeune roi qui bascule dans la folie. A la fois très grave et très drôle, « Charly 9 » est un roman graphique dense, plein d’énergie, de malice et d’humour grinçant. Sans oublier une bonne dose de sensibilité, particulièrement dans la scène très réussie de la mort du roi, dans laquelle Guérineau joue habilement avec la couleur (le rouge du sang, évidemment) et avec les mots (ceux du poète Ronsard, que Charles IX appréciait particulièrement). Osant même un clin d’oeil à Johan et Pirlouit et à Lucky Luke, « Charly 9 » est un roman graphique au dessin et au scénario parfaitement maîtrisés. Un véritable incontournable pour tous les férus d’histoire.

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