La tueuse des bourgeois de province

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8 octobre 2014 par matvano

Fatale

Fatale (Max Cabanes – Jean-Patrick Manchette – Doug Headline – Editions Dupuis)

« Je vais de ville en ville. Je me lie à la meilleure société, celle des riches. Je les observe, il y a toujours des conflits. Je finis par trouver. Il y en a toujours un ou une qui a envie d’en tuer un autre. Le reste est affaire de doigté. Il faut leur mettre l’idée de tuer dans la tête, où elle est déjà. » La vénéneuse Aimée Joubert, qui se fait également appeler Mélanie Horst (de toute façon, les deux sont des noms d’emprunt), applique systématiquement la même méthode lorsqu’elle s’installe dans une ville de province. Elle repère les notables locaux, découvre les petits secrets de fesse et d’argent qui les divisent, attend qu’une crise se déclenche… Puis, une fois le bon moment venu, elle propose ses services de tueuse professionnelle, si possible en faisant cracher tous les notables pour un seul et même règlement de comptes. Pourtant, au final, ces bourgeois ne paient pas seulement la jeune femme en monnaie sonnante et trébuchante mais souvent aussi au prix de leur vie. Ensuite, une fois sa fortune faite et sa soif de vengeance étanchée, Aimée la « fatale » change à nouveau de ville et d’identité. Mais à Bléville (un nom évidemment plein d’ironie), les choses ne vont pas tout à fait se dérouler comme prévu. Et roman noir oblige, cela ne va pas forcément bien se terminer… ni pour elle ni pour les autres, d’ailleurs. Décidément, l’oeuvre de Jean-Patrick Manchette se marie à merveille avec l’univers de la bande dessinée. On connaissait déjà les adaptations magistrales de ses romans signées par l’immense Tardi (Le Petit Bleu de la côte ouest, La Position du tireur couché), on découvre que Max Cabanes est lui aussi particulièrement doué pour mettre en images le style noir et radical de Manchette, considéré comme le père spirituel du « néo-polar » français. Néo-polar? Derrière ce style littéraire se cache ce que Manchette appelait lui-même une « narration bien sèche », à savoir « dire les choses, notamment les plus abominables, d’une manière très précise ». Lorsque cette « narration bien sèche » rencontre le dessin sensuel et réaliste de Cabanes, cela donne un résultat très intéressant. A noter que le dessinateur s’était déjà associé à Doug Headline, qui n’est autre que le fils de Jean-Patrick Manchette, pour adapter en roman graphique « La Princesse du sang », le dernier roman (inachevé) de l’auteur. Aujourd’hui, il remet donc le couvert (toujours avec Doug Headline) pour adapter « Fatale », à la fois parcours d’une tueuse et portrait féroce de la bourgeoisie de province. Le résultat est un roman graphique extrêmement réussi, qui non seulement restitue fidèlement l’esprit du roman de Manchette mais qui surtout parvient à créer une véritable ambiance de polar, notamment dans sa (longue) séquence finale, qui voit s’entretuer les personnages dans un décor de ville portuaire endormie et de hangars désaffectés. Du grand art!

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Une réflexion sur “La tueuse des bourgeois de province

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