Tout petit bout, mais grand sujet tabou

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21 mai 2016 par matvano

Un tout petit bout d'elles

Un tout petit bout d’elles (Zidrou – Raphaël Beuchot – Editions Le Lombard)

Yue Kiang travaille pour une entreprise chinoise qui exploite le bois dans les forêts du Congo. Un travail dur et fatigant, qu’il effectue en compagnie de plusieurs de ses compatriotes, exilés comme lui à des milliers de kilomètres de leur pays d’origine. Pour Yue, le choc culturel est un peu moins violent que pour les autres ouvriers chinois, car il est né en Belgique et s’exprime parfaitement en français. Du coup, il n’hésite pas à braver les ordres de son patron. Celui-ci interdit à ses ouvriers d’avoir des relations trop proches avec les habitants du coin, sous prétexte que « quand on mélange du noir et du jaune, on obtient toujours du noir ». Yue, lui, n’en a cure. Régulièrement, il prend le taxi pour aller retrouver Antoinette, une plantureuse Congolaise qui reçoit des hommes dans sa gargote pour joindre les deux bouts et surtout pouvoir nourrir ses enfants. « A quoi servent les hommes, sinon? », rigole-t-elle. Ce qui n’empêche pas la jeune femme d’avoir une affection particulière pour Yue, qui l’invite régulièrement au restaurant ou au cinéma et qui n’oublie jamais d’apporter un cadeau à sa fille Marie-Léontine. Bien sûr, ce n’est pas facile de s’aimer au Congo quand on s’appelle Antoinette et Yue. Mais malgré tout ce qui les sépare, une belle histoire d’amour naît progressivement entre ces deux-là. Antoinette finit par se dire que ce Chinois venu de Belgique est peut-être plus qu’un simple amant de passage. Hélas, Yue découvre un soir que le sexe d’Antoinette a été mutilé lorsqu’elle était enfant. Pour le jeune ouvrier chinois, la découverte de l’excision, une pratique ancestrale subie chaque jour par 8.000 fillettes africaines, est un choc. La relation entre Antoinette et Yue survivra-t-elle à cette découverte? Le jeune ouvrier chinois va en tout cas tout risquer pour éviter à la petite Marie-Léontine d’être excisée à son tour…

Un tout petit bout d'elles (extrait)

On le sait: Zidrou est un scénariste hors pair, qui parvient à aborder les sujets les plus tabous avec une grande humanité et souvent beaucoup de justesse. C’est une nouvelle fois le cas dans « Un tout petit bout d’elles ». Pour sa troisième collaboration avec le dessinateur Raphaël Beuchot (l’éditeur parle d’ailleurs désormais d’une « trilogie africaine », puisque leurs deux albums précédents se situaient également en Afrique), Zidrou choisit d’évoquer un sujet particulièrement difficile: l’excision. On estime que cette mutilation génitale féminine, qui désigne l’ablation dès l’enfance du capuchon clitoridien ou du clitoris tout entier, concerne aujourd’hui 200 millions de femmes dans le monde, y compris 500.000 en Europe. L’excision, qui entraîne de multiples conséquences néfastes pour celles qui les subissent, de la perte de plaisir aux risques sanitaires, est une pratique très ancienne qui se perpétue au sein même des familles. Généralement, ce sont d’ailleurs les femmes elles-mêmes qui la pratiquent, comme on peut le voir dans l’album de Zidrou et Beuchot. « Tu voudrais qu’elle passe pour une sans-mérite? Qu’aucun homme ne veuille d’elle? », demande sa tante à Antoinette, lorsque celle-ci s’oppose à ce que sa fille Marie-Léontine soit excisée à son tour. « Un tout petit bout d’elles » évoque cette terrible réalité de l’excision, contre laquelle il reste très difficile de lutter, tout en délicatesse et en émotion, sans jamais verser dans le voyeurisme ou le malsain. Pas question non plus de moralisation: Zidrou et Beuchot s’abstiennent de donner des leçons à qui que ce soit. Leur BD est avant tout une bonne histoire, ayant pour toile de fond toutes les difficultés de la société congolaise contemporaine, dans laquelle les entreprises chinoises jouent effectivement un rôle de plus en plus important, comme le révèle la présence de Yue. A noter que l’album « Un tout petit bout d’elles » contient également un dossier rédactionnel qui répond à toutes les questions sur l’excision, y compris les moyens pour agir et les adresses pour trouver du soutien et de l’aide, en France et en Belgique. Un album poignant… et utile!

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Une réflexion sur “Tout petit bout, mais grand sujet tabou

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