Et si vous aviez un serial killer dans votre classe ?

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7 septembre 2013 par matvano

Mon ami Dahmer

Mon ami Dahmer (Derf Backderf – Editions Cà et Là)

Jeffrey Dahmer est certainement l’un des pires serial killers de l’histoire (pourtant chargée) des Etats-Unis. Au total, il a commis 17 meurtres entre 1978 et 1991, dont seize entre 1987 et son arrestation en 1991. Condamné à la prison à perpétuité, il a été battu à mort par un codétenu en 1994, après avoir été l’un des rares tueurs en série à exprimer des remords par rapport à ses actes. Il faut dire que les meurtres commis par Dahmer étaient particulièrement horribles, puisqu’ils comportaient des viols, des démembrements, de la nécrophilie et du cannibalisme. Mais rassurez-vous : « Mon ami Dahmer » ne parle pas de ces meurtres, et surtout ne les montre pas. Seul le tout premier meurtre, commis durant l’été 1978, seulement deux mois après la fin de la scolarité de Dahmer, est évoqué dans le livre, car il constitue l’aboutissement de la lente transformation d’un adolescent à l’esprit un peu dérangé en un véritable psychopathe. La grande originalité du roman graphique de Derf Backderf, paru il y a quelques mois chez le petit éditeur Cà et Là, est de nous raconter la genèse du monstre Dahmer, par le biais du récit de son adolescence dans un lycée tout ce qu’il y a de plus banal de l’Ohio, un coin paumé des Etats-Unis. Un sujet que Derf Backderf connaît mieux que quiconque, puisqu’il a passé toutes ses années de lycée dans la même classe que Jeffrey Dahmer ! Il était d’ailleurs un de ses rares camarades, même si à l’époque déjà, il le trouvait suffisamment bizarre et effrayant pour ne jamais oser l’inviter à la maison. Backderf a eu l’idée de consacrer une BD à son « ami » très rapidement avoir appris son arrestation. Mais il a mis une vingtaine d’années à faire aboutir ce projet, car il voulait être sûr de « faire quelque chose d’irréprochable », comme il l’explique dans une interview au site Actua BD. Son roman graphique ne se base donc pas seulement sur ses propres souvenirs de l’époque, mais également sur une abondante documentation, comme le prouvent les multiples pages de notes à la fin du livre. En lisant « Mon ami Dahmer », on ne peut s’empêcher de ressentir un profond malaise. Clairement, il y a eu de très nombreux signaux indiquant que Dahmer était un adolescent en grande souffrance: il disséquait des animaux morts pour les dissoudre dans de l’acide, il buvait de grandes quantités d’alcool dès 8 heures du matin, il imitait régulièrement les crises d’épilepsie de sa mère (ce qui faisait beaucoup rire ses condisciples) et surtout, il manquait très souvent les cours. Et pourtant, personne n’a jamais vraiment tiré la sonnette d’alarme face à ce comportement inquiétant. Ni les enseignants, ni même ses propres parents, qui étaient bien trop occupés par leur divorce pour se rendre compte que leur fils était en train de devenir un véritable monstre. Si on ajoute à ça des pulsions morbides couplées à un refoulement de son homosexualité, on aboutit à la création d’un horrible serial killer. Backderf est loin d’excuser les actes de Dahmer dans son livre, mais il nous permet de mieux le comprendre. Son récit est très dur, tout comme le sont d’ailleurs ses dessins noir et blanc, mais son témoignage est fascinant. Ayant rencontré un grand succès aux Etats-Unis, « Mon ami Dahmer » est certainement l’un des ouvrages les plus éclairants sur le naissance d’un tueur en série.

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