Sur les traces d’une journaliste en Afghanistan

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18 mai 2014 par matvano

Les larmes du seigneur afghan

Les larmes du seigneur afghan (Thomas Campi – Pascale Bourgaux – Vincent Zabus – Editions Dupuis)

« Une question me hante: qui demain s’intéressera encore à l’Afghanistan? » C’est sur cette phrase que s’achève « Les larmes du seigneur afghan », la BD documentaire qui raconte le reportage de la journaliste belge Pascale Bourgaux dans un village du nord de l’Afghanistan en Mars 2010. Une question qui résume bien la démarche de cette femme courageuse, qui s’est rendue à plusieurs reprises dans ce village afghan depuis 2001 et qui se démène pour éviter que les yeux de l’Occident ne se ferment sur ce qui se passe en Afghanistan, alors même que les talibans regagnent petit à petit du terrain. En 2011, son reportage avait déjà donné lieu à un documentaire TV, lui aussi intitulé « Les larmes du seigneur afghan ». Désormais, il prend donc également la forme d’une bande dessinée, grâce au dessinateur Thomas Campi et au scénariste Vincent Zabus. A la base, ce projet n’aurait pourtant jamais dû voir le jour. En réalité, les éditions Dupuis souhaitaient créer une série autour du personnage de Seccotine et c’est dans ce cadre que Pascale Bourgaux était entrée en contact avec Vincent Zabus. Au fil de leurs discussions, celui-ci a fini par se rendre compte que c’était tout aussi intéressant d’évoquer le travail d’une journaliste réelle que celui d’une journaliste fictive. Il faut dire que la BD reportage est un genre en plein essor. Il y a quelques semaines, l’Université Catholique de Louvain a d’ailleurs organisé au Musée Hergé de Louvain-la-Neuve une soirée de réflexion et de débat sur la bande dessinée de reportage, en présence de trois grands auteurs: Bernard Cosey, Emmanuel Lepage et Jacques Ferrandez. « Les larmes du seigneur afghan » se concentre surtout sur le personnage de Mamour Hasan, un ancien compagnon d’armes du Commandant Massoud. Il s’agit d’un chef de guerre respecté, qui a combattu aussi bien les soviétiques que les talibans. Mais quand Pascale Bourgaux retourne voir Mamour Hasan en 2010, elle ne peut que constater que le fier seigneur afghan a perdu de sa superbe. Non seulement le président Karzai ne lui a pas accordé une fonction gouvernementale à la hauteur de son engagement mais, en plus, de nombreux jeunes du village sont sur le point de basculer dans le camp taliban. Y compris son propre fils, pour le plus grand désespoir de son père. Sur le plan matériel aussi, Mamour Hasan a connu des jours meilleurs. « Pour la première fois, nous ferons des courses au marché pour toute la famille. Et nous aiderons discrètement à l’achat de médicaments. Il y a dix ans, jamais Mamour Hasan n’aurait accepté ce geste », constate Pascale Bourgaux. Remarquablement mis en images par Campi, qui utilise notamment des séquences du film documentaire en les bordant d’un cadre noir plus épais, « Les larmes du seigneur afghan » constitue surtout un témoignage très intéressant sur le travail de journaliste et sur la réalisation d’un reportage dans un pays clairement hostile aux occidentaux et aux femmes. Au début de l’album, Pascale Bourgaux reçoit d’ailleurs un coup de fil de son rédacteur en chef, qui la supplie de ne pas se rendre en Afghanistan. Mais rien ne l’arrête, comme le prouve la séquence très forte où elle traverse le pays en burqa, sans prononcer la moindre parole, pour pouvoir se rendre à Dasht-e-Qaleh, le village de Mamour Hasan. Comme le voulait Pascale Bourgaux, la BD de Campi et Zabus est un livre indispensable pour mieux comprendre les enjeux très complexes de l’Afghanistan. Mais en même temps, c’est également le seul petit reproche qu’on peut lui faire. Car si « Les larmes du seigneur afghan » est un témoignage très intéressant et éclairant, le récit manque sans doute d’un peu d’action et d’émotion pour véritablement parvenir à captiver le lecteur. On reste notamment sur sa faim par rapport au personnage de la journaliste, qui aurait pu être creusé davantage pour permettre de mieux comprendre ses doutes et ses motivations. Mais évidemment, on touche là à la limite entre la BD de reportage et la BD de fiction. Après tout, Pascale Bourgaux n’est pas Seccotine!

 

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