Dur dur d’être auteur de BD

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25 février 2015 par matvano

Cases blanches

Cases blanches (Sylvain Runberg – Olivier Martin – Editions Grand Angle)

Organisés lors du dernier festival d’Angoulême, les « Etats généraux de la bande dessinée » ont permis de constater à quel point le métier d’auteur de BD s’est précarisé ces dernières années. Sur les quelque 1.300 auteurs professionnels de BD actifs en France, on estime que seulement une cinquantaine parvient à en vivre correctement, tandis que la grande majorité des autres ne gagne même pas le Smic. A qui la faute? Essentiellement à la surproduction: plus de 5.000 albums de BD sont sortis en 2014, contre seulement 700 en 1994. Interrogé par « Le Figaro », le scénariste Benoît Peeters, président de ces Etats généraux, résume bien la problématique: « Si le nombre d’albums n’a cessé d’augmenter, le public est loin de s’être élargi dans les mêmes proportions. L’offre dépasse largement la demande. Le résultat, nous le connaissons: des auteurs précarisés, des éditeurs fragilisés, des libraires débordés, des lecteurs désorientés. » D’où l’intérêt de lire « Cases blanches », un roman graphique passionnant qui aborde sans tabous la crise traversée par le monde de la BD. De manière très réaliste (on croise même quelques vrais auteurs, comme Emmanuel Lepage par exemple), Sylvain Runberg et Olivier Martin nous plongent dans les coulisses de la création et l’édition d’une bande dessinée. Comment? En nous racontant l’histoire de Vincent Marbier, un dessinateur victime d’une panne d’inspiration totale après le succès aussi énorme qu’inattendu du tome 1 du « Sentier des Ombres ». Cette série d’héroïc fantasy ne correspond pas forcément à ce dont il rêvait mais elle semble bien partie pour lui assurer une notoriété « à la Blacksad ». Pour Vincent, ce succès est inespéré, après une dizaine d’albums n’ayant pas franchement trouvé leur public. Mais rien à faire: il n’arrive plus à dessiner la moindre case… Cette angoisse de la page blanche tombe plutôt mal dans la mesure où tout le monde l’attend au tournant: son éditeur a absolument besoin de la sortie d’un album à gros tirage pour éviter de devoir licencier du personnel, son scénariste est très impatient de multiplier les albums (et les séries dérivées) après des années de galère et puis bien sûr, les nombreux fans de la série ne cessent de demander à Vincent quand le tome 2 du « Sentier des Ombres » va enfin sortir. Cherchant son refuge dans le jogging, Vincent cache la réalité à tout le monde, allant même jusqu’à inventer avoir oublié ses planches dans le train. A la fois divertissant, touchant et surtout très crédible, « Cases blanches » est sans doute une des plus belles BD jamais réalisées sur le monde de la BD. La force du récit de Runberg et Martin est d’éviter tout jugement et manichéisme, tout en parvenant malgré tout à dénoncer les dérives du secteur, et en se moquant gentiment de certains éditeurs et scénaristes au passage. Un roman graphique très réussi, qui n’aura sans doute pas un succès « à la Blacksad » mais qui mérite certainement sa place parmi les 5.000 nouveautés de l’année!

3 réflexions sur “Dur dur d’être auteur de BD

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  3. […] Il dit lui-même avoir voulu arrêter la BD à plusieurs reprises. Mais il s’est accroché. Aujourd’hui, à 63 ans, le dessinateur Christian Darasse a trouvé à la fois la sérénité et le succès grâce à « Tamara », une série humoristique sur les déboires sentimentaux d’une adolescente un peu ronde, dont le 13ème tome vient de sortir en librairie. Au même moment, les éditions Dupuis publient (enfin) une intégrale du « Gang Mazda ». Devenue culte avec les années, cette série dessinée par Darasse et scénarisée par Hislaire a fait son apparition dans le Journal de Spirou en 1987. Elle raconte le quotidien de trois auteurs de bandes dessinées, au gré de leurs recherches d’inspiration, leurs déboires financiers et leurs rivalités amoureuses. Dans ce gang, on retrouve Darasse bien sûr, mais aussi Bernard Hislaire (l’auteur de « Sambre » et « Bidouille et Violette ») et Marc Michetz (l’auteur de « Kogaratsu »). A l’époque, les trois hommes partagaient un atelier à Bruxelles, au-dessus d’un garage Mazda. D’où le nom de cette série auto-biographique, considérée à ses débuts comme un véritable OVNI, mais qui était en réalité très en avance sur son temps, comme le démontre la multiplication depuis lors de BD sur la BD, du « Retour à la terre » à « L’atelier Mastodonte » en passant par « Cases blanches ». […]

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