Toc toc toc: un grand auteur frappe à la porte

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23 février 2013 par matvano

Le Nao de Brown

Le Nao de Brown (Glyn Dillon – Editions Akileos)

Nao Brown est une jolie jeune femme mi-anglaise mi-japonaise. Un peu paumée mais plutôt attachante. Elle vit à Londres avec sa colocataire Tara et espère un jour percer comme conceptrice de jouets japonais ou comme illustratrice. En attendant, elle travaille comme vendeuse dans le magasin de son ami Steve, dont on sent qu’il a clairement plus qu’un petit faible pour elle. Mais Nao a flashé sur Gregory, un réparateur de machines à laver barbu et alcoolique. Un type pas spécialement attirant ni sympathique, mais qui présente le grand atout de ressembler comme deux gouttes d’eau au « Rien », un personnage du dessin animé japonais « Ichi », auquel Nao voue un véritable culte. Pour tenter de calmer ses angoisses, Nao se rend régulièrement dans un centre bouddhiste, où elle tente sans trop de succès de devenir un peu plus zen par le biais de la calligraphie japonaise. Jusque-là, rien de vraiment exceptionnel dans cette histoire. Si ce n’est que petit à petit, le lecteur va se rendre compte que Nao n’est pas simplement une jeune fille un peu perturbée par le fait d’avoir été abandonnée par son père lorsqu’elle était enfant, mais qu’elle souffre carrément de problèmes mentaux assez sérieux. Ceux-ci se caractérisent notamment par une série de TOC (des « troubles obsessionnels compulsifs ») et par le fait qu’elle s’imagine régulièrement tuer sauvagement les personnes qu’elle croise sur son chemin ou qu’elle s’enferme longuement dans les toilettes quand elle ne parvient plus à dominer ses émotions. Dessinateur particulièrement doué, le britannique Glyn Dillon parvient habilement à nous faire vivre ces crises parfois violentes de Nao. Dans son roman graphique, on finit même par vraiment ressentir les mêmes malaises que son héroïne. La manière dont il met en scène son histoire dans un Londres très réaliste (car très loin des clichés sur la capitale britannique) force également l’admiration: manifestement, un grand auteur de BD est né. Le jury du dernier festival d’Angoulême ne s’y est d’ailleurs pas trompé puisque le livre de Dillon y a reçu le prix spécial du jury. Malheureusement, « Le Nao de Brown » a également quelques défauts: non seulement il faut pas mal de temps et d’attention pour véritablement parvenir à se plonger dans la tête de Nao, mais surtout, on ne peut que regretter que Glyn Dillon ait choisi d’entrecouper son récit principal par des extraits d’une toute autre histoire, à savoir celle d’un type un peu bizarre nommé Pictor, un drôle de personnage avec une tête de bogue. Le problème est que cette histoire est ésotérique et assez peu passionnante, et qu’on se demande bien ce qu’elle apporte au récit… Au contraire, elle l’alourdit. « Le Nao de Brown » est donc une BD qu’il faut lire, ne fût-ce que pour découvrir l’immense talent de dessinateur de Glyn Dillon, mais qui n’est sans doute pas encore le grand chef d’oeuvre de son auteur. 7 sur 10, comme dirait Nao, qui se répète tout le temps ce genre de phrases lorsqu’elle est envahie par une crise de panique…

Dans cette vidéo, la dessinatrice de BD Pénélope Bagieu (« Joséphine », « La page blanche ») donne son avis enthousiaste sur « Le Nao de Brown »:

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