Le fabuleux destin d’Albert Camus

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6 janvier 2014 par matvano

Camus

Camus: Entre justice et mère (José Lenzini – Laurent Gnoni – Editions Soleil)

Le 7 novembre 2013, Albert Camus aurait eu 100 ans. A cette occasion, le scénariste José Lenzini, grand connaisseur de la vie et l’oeuvre de l’écrivain français, et le dessinateur Laurent Gnoni publient aux éditions Soleil une magnifique biographie en bande dessinée de l’auteur de « L’Etranger ». Mêlant des pages contenant essentiellement du texte avec des planches plus classiques, cet ouvrage raconte de manière intelligente et sensible le parcours étonnant d’Albert Camus: orphelin de père très tôt, celui-ci grandit dans une famille modeste à Alger, où il vit dans un petit appartement avec sa grand-mère, sa mère (qui entend mal et parle difficilement, suite au typhus qu’elle a contracté à 12 ans), son oncle sourd-muet (également à cause du typhus) et son frère Lucien. Qui peut prévoir alors que ce même Albert Camus se verra attribuer le prix Nobel de littérature en 1957, à seulement 43 ans? La BD de Lenzini et Gnoni est construite autour du discours prononcé par Camus à Stockholm lors de la remise de cette prestigieuse récompense. Entre les extraits de son discours de Suède, on découvre sa vie, par petites touches: le décès de son père lors de la bataille de la Marne en 1914, l’éducation sévère reçue de sa grand-mère, sa passion pour le football, le soutien décisif de son instituteur, son accession dans une école pour « enfants de riches », sa tuberculose, sa découverte d’auteurs tels que Gide ou Nietzsche, ses premières pièces de théâtre, son départ pour la Métropole, sa relation difficile avec Sartre… Tous des épisodes qui sont évoqués de manière subtile par José Lenzini, qui réussit l’exploit de nous dresser un portrait à la fois captivant et nuancé de Camus, en insistant particulièrement sur le lien entre l’auteur et sa mère. La force de ce livre, sous-titré « Entre justice et mère » est qu’il ne s’agit ni d’une hagiographie de l’écrivain, ni d’un récit scolaire et ennuyeux, mais au contraire d’un véritable roman graphique, avec son ton et sa personnalité propre. Bien sûr, la BD évoque également la mort un peu absurde de Camus, décédé le 4 janvier 1960 dans un accident de voiture alors qu’il avait son billet de train en poche… C’était son ami et éditeur, Michel Gallimard, qui avait insisté pour qu’Albert Camus remonte avec lui en voiture de Lourmarin à Paris à bord de sa puissante Facel Vega. Mais ce n’est pas sur cet épisode tragique que se termine le livre de Lenzini et Gnoni. En guise de conclusion, les deux auteurs évoquent la controverse autour de la position de Camus sur l’indépendance de l’Algérie, qui lui avait valu d’être mis au ban par une partie de l’intelligentsia parisienne, en particulier après qu’il ait déclaré que si le terrorisme devait s’exercer aveuglément dans les rues d’Alger, il « défendrait sa mère avant la justice ». Dans l’épilogue du livre, José Lenzini précise ce que l’écrivain avait vraiment voulu dire sur ce sujet lors d’une conférence de presse en 1957 à Stockholm, et rétablit ainsi la vérité historique sur cette polémique. « Camus: Entre justice et mère » est un point de vue éclairé et éclairant sur la vie d’un des plus grands auteurs du XXème siècle.

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