Les regrets éternels d’un Italien de Belgique

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12 juillet 2016 par matvano

Macaroni

Macaroni! (Thomas Campi – Vincent Zabus – Editions Dupuis)

« Macaroni! » n’a rien d’un livre culinaire. Le titre de cette BD ne fait pas référence aux célèbres pâtes, mais au surnom peu affectueux dont ont été affublés les immigrés italiens venus s’établir en Belgique après la guerre pour travailler dans les mines de charbon. C’était le cas d’Ottavio, par exemple. Comme des milliers de ses compatriotes, il a fui la misère en Italie pour tenter sa chance en Belgique, présentée par les affiches placardées sur les murs de sa région natale comme le « pays du bonheur ». Une fois arrivé à Charleroi, ce n’est pas tout à fait comme ça que les choses se sont passées, puisqu’il a d’abord vécu quelques années dans des baraquements en tôle sans eau ni électricité. Et forcément, descendre tous les jours dans la mine n’avait rien d’une partie de plaisir. Lui qui rêvait de devenir conducteur de trains a respiré de la poussière de charbon toute sa vie: du coup, ses poumons ont été définitivement endommagés et aujourd’hui encore, il a beaucoup de mal à respirer à cause de la silicose, la maladie des mineurs. Mais surtout, il se dit que sa vie aurait pu être très différente si sa femme Giulia ne lui avait pas caché une certaine lettre… Roméo, le petit-fils d’Ottavio, ignore tout du passé et des regrets de son grand-père. Lorsque son papa le dépose à Charleroi pour passer quelques jours dans la petite maison en briques rouges d’Ottavio, le gamin de 11 ans se dit que cela va être un enfer d’habiter toute une semaine chez ce « vieux chiant ». Mais en réalité, ces quelques jours vont changer Roméo pour toujours, en lui ouvrant enfin les yeux sur le passé caché de son grand-père et de son père. Et ce n’est pas tout: en plus de se rapprocher de son « nonno », qui est loin d’être le « vieux chiant » qu’il pensait, Roméo va se lier d’amitié avec Lucie, la petite voisine espiègle, et Mussolini, un cochon beaucoup plus sympathique que le dictateur du même nom.

Macaroni (extrait)

Il y a quelques années, Sergio Salma avait été le premier auteur de BD à s’intéresser à l’immigration italienne en Belgique dans le magnifique album « Marcinelle 1956 ». Avec « Macaroni! », Vincent Zabus et Thomas Campi abordent le même thème de manière complètement différente, mais tout aussi réussie. Il faut dire que cela fait de longues années que Zabus travaille sur le scénario de cette BD, qui se base sur l’histoire vraie du grand-père d’une de ses amies. Au départ, il avait écrit une première version de « Macaroni! » pour le dessinateur Renaud Collin. Finalement, cette collaboration n’a jamais abouti mais par contre, elle a débouché sur une pièce de théâtre qui a été représentée des centaines de fois. Fort de ce succès théâtral, Zabus a réécrit l’histoire pour la bande dessinée, mais en travaillant cette fois avec le dessinateur italien Thomas Campi, avec qui il avait déjà signé l’album « Les larmes du seigneur afghan ». Un choix heureux, car les dessins et les couleurs de Campi conviennent à merveille à l’ambiance imaginée par Zabus, que ce soit pour nous plonger dans le décor d’une petite maison ouvrière ou faire surgir les fantômes du passé qui hantent les cauchemars d’Ottavio. Avec le recul, on se dit que Zabus a bien fait de laisser mûrir ce scénario pendant aussi longtemps dans son cerveau et son tiroir, car cela lui a permis de trouver le bon rythme et le bon ton pour aborder à la fois le travail dans la mine, le déracinement, les illusions perdues et les relations familiales. Tous des sujets difficiles que « Macaroni! » aborde avec beaucoup d’humanité et de sensibilité. En refermant le livre, on se dit qu’on aurait bien voulu passer un peu plus de temps avec Roméo et Ottavio, ce qui prouve que le dessinateur et le scénariste ont réussi le pari de nous embarquer dans leur univers. A noter que la BD est préfacée de très belle manière par le chanteur italo-belge Salvatore Adamo, dont les parents ont connu une trajectoire assez similaire à celle d’Ottavio.

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Une réflexion sur “Les regrets éternels d’un Italien de Belgique

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