Sur les traces du « Troisième homme »

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13 avril 2017 par matvano

Le Coup de Prague (Miles Hyman – Jean-Luc Fromental – Editions Dupuis)

Vienne, février 1948. Alors qu’un épais manteau de neige recouvre les rues toujours dévastées par les bombardements de la capitale autrichienne, l’écrivain britannique Graham Greene est accueilli à l’aéroport par Elizabeth Montagu, une jeune femme « un peu actrice, un peu espionne ». Depuis la fin de la guerre, cette aventurière dans l’âme travaille pour la London Films, la compagnie du réalisateur et producteur Alexander Korda. Comme celui-ci vient d’engager Graham Greene pour écrire le scénario d’un film se déroulant à Vienne, Elizabeth est chargée par son employeur de guider le romancier anglais dans la ville, afin de lui permettre de trouver l’inspiration pour son histoire… et surtout le mener vers les personnes les plus intéressantes dans les quatre parties de la ville. Car tout comme Berlin, Vienne reste à l’époque partagée entre les quatre puissances alliées. Cette mission ravit la jeune femme, qui est une grande admiratrice de l’œuvre de Greene et qui renoue ainsi avec son passé dans les services secrets britanniques. Elle ravit aussi l’auteur lui-même, qui s’entend à merveille avec Elizabeth. Il faut dire que celle-ci est une jeune femme pleine de ressources, à la fois vive d’esprit et dotée, comme lui, d’une très bonne descente! Quant au décor, il ne tarde pas à titiller l’imagination de l’écrivain: la Vienne d’après-guerre est une ville éminemment romanesque, dans laquelle règnent une grande tension politique et une misère terrible. Un lieu propice à tous les marchés noirs, à toutes les débauches et à toutes les formes d’espionnage, ce qui va inspirer à Greene le scénario du film « Le Troisième homme », un des plus grands thrillers de l’histoire du septième art. Mais s’agit-il seulement de cinéma? Pas sûr du tout. En effet, Elizabeth ne tarde pas à se rendre compte que l’auteur ne lui dit pas tout sur ses activités à Vienne. Et si l’écriture d’un scénario n’était en réalité qu’un prétexte artistique pour cacher une mission secrète?

Avec « Le Coup de Prague », un récit étonnant qui mélange réel et fiction, le scénariste Jean-Luc Fromental et le dessinateur Miles Hyman font d’une pierre trois coups. Leur livre remet en lumière un homme, une femme et un film. Tous trois ont marqué l’histoire du XXe siècle à leur façon. L’homme, c’est Graham Greene, un écrivain aux multiples facettes, dont on découvre dans la BD que sa vie ressemblait à certains de ses romans d’espionnage. Ou vice versa. « Il y a une grande connivence entre le métier d’écrivain, qui consiste à sonder les âmes et à inventer des histoires, et celui d’espion. Greene accomplit une jonction formidable entre les deux », souligne Jean-Luc Fromental, pour qui les livres de l’auteur britannique n’ont pas pris une ride. La femme, c’est Elizabeth Montagu, fille du baron Montagu de Beaulieu. Moins connue que Greene, elle a mené une vie d’héroïne de fiction. Née aristocrate, elle a été successivement actrice, conductrice d’ambulance sur le front français, espionne pour le compte des américains puis scénariste et chef dialoguiste dans le milieu du cinéma. Une femme libre, bien en avance sur son temps. Quant au film, c’est bien sûr « Le Troisième homme », dont « Le Coup de Prague » raconte en quelque sorte la genèse puisqu’au moment où Greene est accueilli à Vienne par Elizabeth, il n’a qu’une idée d’histoire très vague en tête, à savoir un homme qui voit passer dans la rue un ami qu’il a enterré trois semaines plus tôt. Ce sont les quinze jours passés dans la capitale autrichienne qui vont lui inspirer la suite, en particulier sa rencontre avec l’agent double Smolka, qui lui parle de trafic de pénicilline et du système d’égouts utilisé par la pègre à Vienne, deux éléments essentiels du film. Passionnant pour les férus d’histoire, de littérature et de cinéma, « Le Coup de Prague » contient aussi une révélation, puisqu’on y apprend que « Le Troisième homme » aurait en réalité un sens caché, dans lequel il est question d’amitié, de trahison, de pardon et de rédemption. Cerise sur le gâteau: le scénario savamment concocté par Jean-Luc Fromental est mis en images de manière bluffante par le surdoué Miles Hyman. Le dessinateur du « Dahlia Noir » se surpasse une nouvelle fois pour nous plonger corps et âme dans la Vienne mystérieuse de l’après-guerre. Un vrai régal pour les yeux!

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