A l’écoute de la voix du vent et de la mer
Poster un commentaire17 juillet 2026 par matvano

Là où danse le vent (Enora Boutle – Editions Glénat)
Un jour, alors que la petite Yaëlle assiste à une fête folklorique en Bretagne avec ses parents et son grand-père, elle se perd dans la foule. Tandis que son papa et sa maman se disputent une enième fois, la fillette décide de s’éloigner d’eux quelques instants pour retrouver un peu de calme. Mais lorsqu’elle veut retourner vers sa famille, elle se rend compte qu’elle est toute seule. Autour d’elle, Yaëlle ne voit que des adultes et des rues qu’elle ne connaît pas. Elle panique, pleure à chaudes larmes, se met à courir, est bousculée, tombe sur le sol et finit même par se dire qu’elle ne reverra plus jamais ses parents. Mais au bout d’un moment, alors qu’elle tente de reprendre ses esprits en s’appuyant contre un arbre, la petite fille entend une voix qui lui parle et la guide vers son grand-père. Le soir, Yaëlle raconte à son papy que c’est la mer qui l’a appelée et que c’est elle qui lui a permis de retrouver son chemin. Le vieil homme n’est pas vraiment surpris par cette révélation, car lui aussi entretient un lien particulier avec la nature. « Moi, c’est le vent qui me parle », lui dit-il. C’est le début d’une relation très forte entre la petite-fille et son papy. En passant davantage de temps auprès de cet homme silencieux et attentif, qui vit de manière très solitaire depuis la disparition de son épouse, Yaëlle trouve le refuge et l’écoute qui lui font défaut à la maison. Quelques années plus tard, lorsque ses parents se séparent, l’adolescente est envoyée chez son grand-père, le temps que le divorce soit finalisé. Elle se sent très colère car elle a l’impression d’être à la fois incomprise et mise de côté, mais en réalité, ce séjour en Bretagne va finir par lui offrir une forme d’apaisement. Dans la maison de son papy, Yaëlle découvre que les vagues et le vent ont la capacité d’emporter les douleurs. En troquant son train-train quotidien pour des journées rythmées par les marées et le silence des balades avec son grand-père, Yaëlle trouve peu à peu une paix intérieure, grâce à la présence rassurante et profondément apaisante de son papy…

« Là où danse le vent » est la première bande dessinée d’Enora Boutle. Formée à l’animation, cette jeune autrice réside à Nantes, une ville qui fait partie de la Bretagne historique. Le décor de cette région l’a certainement inspirée, car les paysages bretons jouent un rôle crucial dans cet album. On peut dire qu’Enora Boutle marque les esprits avec cette première oeuvre au ton singulier. Elle signe un album qui met en scène une très jolie relation entre un grand-père taiseux et une petite-fille en souffrance. « Là où danse le vent » raconte avec justesse et délicatesse la beauté de la transmission entre générations. Une transmission qui passe essentiellement par des silences partagés et des gestes tendres, plus que par des mots. De manière plus large, cette BD explore les orages de la vie que nous pouvons tous traverser à un moment donné de nos existences, que ce soit la séparation, le deuil, l’acceptation de soi, ou tout simplement les maladresses et les non-dits qui caractérisent souvent les relations familiales. Comme le révèlent le titre et la couverture de l’album, les éléments naturels, en particulier la mer et le vent, occupent une place essentielle dans le récit. Ils accompagnent les personnages dans leurs émotions et leur permettent de retrouver le chemin. Le message que veut faire passer la jeune autrice est clair: c’est uniquement en se (re)connectant avec la nature autour de nous que l’on peut renouer avec une forme de paix intérieure. La narration d’Enora Boutle est tout en délicatesse et en émotions retenues, ce qui n’est pas si fréquent en bande dessinée. Ce qui est très joli aussi dans « Là où danse le vent », c’est que la relation entre Yaëlle et son grand-père finit par s’inverser. Durant l’enfance et l’adolescence de Yaëlle, c’est lui qui est là pour elle dans les moments difficiles, en particulier quand il s’agit de permettre à sa petite-fille de surmonter l’épreuve de la séparation de ses parents. Mais des années plus tard, quand Yaëlle est devenue adulte à son tour, c’est elle qui le soutient quand lui s’affaiblit. A ce moment-là, la jeune femme revient en Bretagne avec le désir de rendre à son papy un peu de ce qu’il lui a offert. C’est ce qui fait de cette BD un livre très émouvant sur le cycle de la vie et sur l’importance des liens familiaux, en acceptant de vivre ses émotions au lieu de les fuir. Bravo donc à Enora Boutle pour ce premier ouvrage à la fois mélancolique, lumineux, sincère et sensible. Voilà une belle BD à emmener dans ses bagages cet été pour pouvoir la lire sur la plage, en profitant du doux bruit du vent et des vagues.

