Claude Monet dévoilé par petites touches

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18 octobre 2026 par matvano

Impressions Claude Monet (Stephen Desberg – Miguel Lalor – Editions Les Arènes)

En 2019, un tableau de Claude Monet tiré de sa série « Meules » est adjugé pour un montant record de 110,7 millions de dollars chez Sotheby’s à New York. Une belle revanche posthume pour l’artiste normand! Car dans sa jeunesse, il n’était prédestiné ni au succès, ni à la peinture tout court. « Mon père me mettrait au pain sec et à l’eau s’il découvrait que je peins », dit-il à son ami Eugène Boudin. Pourtant, malgré les réticences de son paternel, un négociant en tissus au Havre qui ordonne à son fils de renoncer à ses ridicules ambitions artistiques pour prendre sa place dans les affaires familiales, le jeune Claude est déterminé à consacrer sa vie à la peinture. Il le devient plus encore lorsque Boudin l’incite à quitter son atelier et à peindre dehors pour ressentir « la vibration de l’air, l’harmonie des couleurs sous la nuage, la lumière changeante selon les heures et le soleil ». Des thèmes qui finiront par devenir pour Monet une véritable obsession, tant il consacrera sa vie à poursuivre l’insaisissable et à capter, sur la toile, le temps qui passe, notamment en peignant des nymphéas à toutes les heures de la journée. En 1858, Claude parvient finalement à convaincre son père de lui permettre de suivre les cours de l’école des Beaux-Arts à Paris. A partir de là, il ne reviendra jamais en arrière: désormais, ce sera la peinture et rien d’autre. Dans la capitale, le jeune homme se passionne pour cette fameuse lumière qui marquera toutes ses oeuvres, mais il découvre aussi et surtout l’amitié. Ses nouveaux amis ont pour noms Camille Pissarro, Auguste Renoir ou Alfred Sisley. Ensemble, ils seront à la base d’une véritable révolution artistique, grâce à leurs tableaux peints rapidement et en plein air, ce qui donne naissance à une esthétique radicalement nouvelle. Leur approche est violemment rejetée par leurs professeurs des Beaux-Arts, qui les accusent de ne pas respecter les règles de l’académisme et de bafouer les principes hérités du passé. Mais rien n’arrête Monet et ses amis, qui sont bien décidés à regarder le monde autrement. « Je veux rester moi-même, je veux rester libre », s’exclame Claude, dont le tableau « Impression, soleil levant », représentant le port du Havre au petit matin, donnera son nom au mouvement des Impressionnistes. Cela dit, il n’y a pas que la peinture dans la vie de Claude Monet: à Paris, le jeune artiste découvre également l’amour sous les traits de la modèle Camille Doncieux. Une rencontre qui ne va pas améliorer ses relations avec son père, qui préfèrerait voir son fils épouser une jeune fille plus respectable…

Cette année, cela fait exactement 100 ans que Claude Monet a définitivement rangé ses pinceaux. Le peintre est mort le 5 décembre 1926 à Giverny. La parution de la BD « Impressions Claude Monet » ne doit donc rien au hasard. Cet ouvrage accompagne la grande exposition « Monet, peindre le temps », qui se tient à Paris jusqu’au 25 janvier 2027. Coéditée avec les éditions du musée d’Orsay et du musée de l’Orangerie, cette biographie dessinée de Monet bénéficie d’une vraie caution scientifique puisqu’elle a été relue par Anne Robbins, conservatrice peinture au musée d’Orsay. On peut donc dire qu’il s’agit d’une BD qui tient largement la route sur le plan historique. Mais heureusement, cela n’en fait pas un récit scolaire pour autant. Au lieu d’opter pour une biographie classique, le scénariste Stephen Desberg a eu la très bonne idée d’opter pour une approche en touches successives, à la manière d’un tableau impressionniste. Et puis, ce qui fait la réussite de son scénario, c’est qu’il parvient à dévoiler l’homme derrière le mythe. Bien sûr, « Impressions Claude Monet » raconte les débuts difficiles de l’artiste, les humiliations et les dettes, la naissance de l’impressionnisme, les nymphéas de Giverny, la reconnaissance tardive, mais le livre dévoile surtout une vie faite de rencontres et de drames. On découvre un Claude Monet porté par une énergie fiévreuse, mais aussi un Claude Monet dévasté par la mort de son ami Frédéric Bazille puis de sa chère Camille. Il peindra d’ailleurs un tableau de son épouse sur son lit de mort, qu’il conservera en secret jusqu’à la fin de sa vie. On découvre aussi un Claude Monet très fidèle en amitié. Celle qu’il entretient avec les autres peintres impressionnistes, bien sûr, mais également avec le marchand Ernest Hoschedé, qui se ruinera à force d’acheter ses tableaux et qui finira par s’installer chez lui, ou avec le président Georges Clémenceau, qui lui commandera les fameux panneaux des nymphéas que l’on peut admirer au musée de l’Orangerie. Tous ces éléments font de cette BD une lecture passionnante, qui regorge de détails et d’anecdotes et qui nous plonge avec délice dans les cafés enfumés des Batignolles et dans le Paris vibrant de la deuxième moitié du dix-neuvième siècle. Mention spéciale également aux dessins magnifiques de Miguel Lalor. Son style expressif et coloré colle à merveille à ce portrait sensible du peintre impressionniste, et fonctionne aussi bien dans les rues animées de Paris que dans le calme de la campagne normande. Une BD lumineuse sur un maître de la lumière.

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